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08 avril 2008

Gandrange et les promesses présidentielles inutiles

Vendredi dernier ,4 avril 2008, à l’aciérie de Gandrange,en Moselle, où la suppression de 575 emplois sur un total de 1.108 que compte à ce jour le site a été annoncée aux salariés le matin même lors d’une réunion du Comité d’entreprise à Metz,une vingtaine d’individus portant des drapeaux de la CGT ont saccagé le bureau du directeur de cette usine,jetant par les fenêtres le mobilier en présence de nombreux journalistes vraisemblablement invités à assister au désolant spectacle et sous les yeux de policiers qui ne sont pas intervenus. Pour couronner le tout Nicolas Sarkozy aura reçu ces vaillants héros ou leurs représentants syndicaux hier après-midi à l’Élysée,non pas pour les « féliciter » de cet exploit,mais pour leur annoncer une fois de plus qu’il allait faire quelque chose ! Comme joli coup de publicité en vue des élections prud’homales du 3 décembre prochain ,la CGT pouvait difficilement faire mieux.

A l’usine Kléber de Toul ,à quelques dizaines de kilomètres de Gandrange,et dont la fermeture a été programmée pour des raisons vraisemblablement identiques,débouchant sur la perte de 826 emplois,d’autres syndicalistes avaient, de leur coté et deux mois plus tôt, séquestré trois cadres qui avaient été forcés de passer trois nuits à l’usine.

Apparemment ces hauts faits n’ont pas tellement suscité l’émoi chez les Français, en tout cas pas autant que l’affaire de la fameuse banderole injurieuse déployée à la vue de tous les spectateurs et téléspectateurs lors du match Lens-PSG le samedi 29 mars, affaire qui a provoqué une multitude de dépôts de plaintes qui, nous n’en doutons pas, seront suivies d’effets.
A Gandrange,par contre,seule la direction de l'entreprise a envisagé la possibilité de poursuivre les auteurs de « ces agissements irresponsables »,le saccage évoqué plus haut ,bien entendu. Or ses chances de voir aboutir un éventuel dépôt de plainte paraissent bien minces. Parce que,dans un passé relativement récent,et à maintes reprises ,les Français les plus avisés,et pas seulement les employeurs,ont constaté qu’il n’était pas nécessaire d’avoir été élu représentant syndical ,délégué du personnel ou membre de comité d’entreprise pour être salarié protégé de droit,c‘est à dire libre de faire n‘importe quoi sans limites et en toute impunité,mais qu’il suffisait seulement qu’ une centaine de « camarades » ,voire dans certains cas plusieurs milliers, viennent se rassembler bruyamment devant le tribunal où se jugeait une affaire de coups portés contre un cadre de direction,une affaire de séquestration de cadres pris au hasard lors d‘une grève, une affaire de destruction de l’outil de production ou de détournement de marchandises . A chaque fois ou presque,le verdict y était connu d‘avance :acquittement,relaxe pour témoignages douteux, pour absence de preuves tangibles,peine allégée en raison du climat qui régnait au moment des faits,si ce n‘était dispense de peine vu que les faits étaient anciens et avaient présenté un caractère isolé, formules devenues désormais classiques et qui passent très bien.

Dans ces conditions,comment les grands groupes industriels mondiaux désireux d’investir en France peuvent-ils espérer y trouver facilement des directeurs,des cadres et du personnel de qualité pour assurer la bonne marche et la continuité de leurs entreprises à la merci de tels individus ? Pas facile! Et ce d’autant plus que personne dans notre pays n’ose aborder ce problème, ni nos économistes,ni nos politiciens,même pas Jacques Attali qui dans son rapport pour « libérer » la croissance n‘en a touché mot !
Comment dans un tel contexte de laxisme , d’indifférence de nos gouvernants,d’absence de rigueur, voire de clairvoyance, de la justice, pourrait-on alors s’étonner que les investisseurs étrangers rechignent à venir s’installer chez nous et par la même occasion y créer des emplois, ou qu’ils s’empressent de fuir sous d‘autres cieux plus cléments dès qu’ils s’aperçoivent qu’ils ont fait le mauvais choix en ayant opté pour notre pays cinq ,dix ou quinze ans auparavant ? Et cela, même dans ce cas typique de l‘aciérie de Gandrange où le site avait été racheté en 1999 pour le prix du franc symbolique (le sixième d‘un euro ) ,par son actuel propriétaire.

Lundi dernier,31 mars 2008,la ministre de l’Économie Christine Lagarde confirmait ,au grand désespoir de tous ceux qui croyaient au Père Noël ,que le vice-président du groupe sidérurgique brésilien Gerdau n’avait présenté aucune offre de reprise de cette aciérie de Gandrange promise à un démantèlement progressif,solution que son propriétaire, ArcelorMittal ,n’avait peut-être pas initialement envisagée mais que lui a sans doute inspirée la constatation ,une fois sur place, qu’une entreprise ne pouvait pas se gérer en France de la même manière que dans son pays ,l‘Inde,ou que dans tout autre pays ,hormis quelques cas notoires comme l’Argentine ou le Nigéria que certains grands groupes français ont appris à connaître,un peu tard et à leurs dépens. De plus,et selon un ancien directeur de l’aciérie en question, une demi-douzaine de repreneurs potentiels s’étaient déjà auparavant manifestés. Mais,bien entendu,sans suite donnée,puisque l’entreprise n’était même pas à vendre! Résultat d’une confusion totale! Et là encore,personne ne s’est posé de questions sur ce cafouillis et ses conséquences prévisibles au niveau des directions des grands groupes étrangers qui se détourneront définitivement d’une France trop incertaine et risquée.
Alors que ça ne devrait pas être très difficile,même pour un cégétiste de la base, de comprendre ce qui se passe en réalité dans la tête d’un entrepreneur en se posant simplement la question de savoir ce que font ses camarades chauffeurs d’autobus ayant à circuler dans les villes de banlieue « difficiles » lorsqu’un des leurs est agressé au travail?
Pourquoi un directeur d’usine,si valable fut-il ,accepterait-il un poste à risques comme celui tenu par le directeur de l’usine de Gandrange,ou, à un niveau subalterne, pourquoi des jeunes diplômés talentueux et bien décidés à travailler seraient-ils attirés par des postes de cadres dans une entreprise comme Kléber à Toul quand ils savent, pour en avoir discuté entre eux ou avec leurs aînés , que tout ce qu’ils risquent d’y vivre et subir ainsi au travail leur interdira définitivement l’accès à tout nouvel emploi identique ailleurs,aussi handicapés qu’un délinquant sorti de prison avec un casier judiciaire chargé,à la simple raison que la rumeur des faits et incidents auxquels ils auront été involontairement mêlés les aura précédé avant même qu’ils n’aient pris possession de leur nouvelle fonction. C’est aussi cela la France pour ceux qui ont appris à la connaître.
Peut-on imaginer un groupe rachetant une entreprise sans être renseigné sur le climat social régnant non seulement dans cette entreprise ,mais aussi dans le secteur géographique où elle est implantée, sans être sûr de pouvoir disposer de directeurs et cadres valables? Non. Et s’il n’y avait encore que cela.

Hier à l’Élysée les syndicats de l’aciérie de Gandrange ont eu des promesses que, l’État aidant,les propriétaires de l’aciérie allaient construire une ou deux centrales électriques puis une unité de captation et de stockage souterrain de CO2 .Très bien! Mais cette fois-ci,ces investisseurs peuvent-il espérer qu’ils n’auront pas en face d’eux des associations de riverains excités par les écologistes du cru ou d’ailleurs qui,les empêchant de faire aboutir leurs projets,une fois que toutes les études préalables et plans définitifs auront été faits et payés, leur fourniront une belle excuse pour laisser pourrir les projets et donc ne rien faire? Non! Alors il ne faut pas rêver .
Il y aura encore de nouveaux Gandrange .
Et des salariés sérieux,n’ayant rien à se reprocher,mais qui,au seul motif d’être d’anciens d’entreprises ayant été sur la sellette,par conséquent indésirables, paieront de ce fait les fautes impunies de leurs camarades excités.