22 janvier 2009

Un incendiaire de la Saint-Sylvestre devant ses juges à Besançon

Hier comparaissait devant ses juges un jeune homme qui avait été arrêté et écroué presque aussitôt après l’incendie,dans la nuit de la St Sylvestre , d’un bus et de deux voitures non pas dans un quartier « chaud » d’une grande ville,mais dans un village de quelques 3.000 habitants,Saône, situé à une dizaine de kilomètres de Besançon,dans le Doubs.
J’avais évoqué cette affaire dans ma note du 6 janvier intitulée « Meilleurs voeux pour 2009 » en donnant le minimum d’explications .
Seize jours après la première comparution , à l’issue de laquelle le tribunal avait décidé de juger l’affaire à une date ultérieure pour permettre au prévenu d’assurer sa défense tout en décidant son maintien en détention, le public, plus nombreux encore , aura constaté un changement de décor et de style si on peut dire: nouveaux président et assesseurs,nouveau procureur,nouvel avocat en la personne d’un ténor du barreau de Marseille ,le premier avocat qui avait obtenu le report,bien que présent, étant resté en retrait .Les parties civiles (victimes) n’étaient pas toutes représentées par des avocats,l’intuition que cela ne servirait à rien ne serait pas un motif à écarter.

L’affaire a été la première traitée à cette audience,de 13heures 33 à 15h20.Le tribunal était déjà rempli dix minutes avant l’ouverture de l’audience.
Le prévenu qui aura vingt ans dans quelques mois est arrivé dans le box réservé aux comparutions immédiates, comme la dernière fois, encadré de deux policiers,un homme et une femme. Par contre ,le public n’aura pas eu droit à la scène du jeune prévenu assis entre deux policiers se levant pour embrasser ses parents venus devant le box pour lui « dire bonjour » comme le premier avocat leur avait dit qu’ils pouvaient le faire si ils le voulaient le 5 janvier. Ils sont restés anonymes, entourés de connaissances et de jeunes gens dans les bancs réservés au public.
Ce jeune homme correctement mis,tout a fait ordinaire pour quiconque le rencontrerait dans la rue ,a finalement un profil presque simple,voire banal.
Son avocat avouera dans sa plaidoirie ne pas retrouver en lui ce qu’il constate chez d’autres de ses compatriotes à la prison des Baumettes,et même loin de là.
Pourtant pas facile de le faire parler. Aphone,inaudible au point que le procureur l’intimera assez vertement de parler plus fort afin qu ‘on l’entende. Avec un succès tout relatif.

Il a été condamné le 2 octobre 2008 à une amende et à de la prison avec sursis pour conduite sous l’emprise de stupéfiants .
Il consomme du cannabis depuis l’âge de treize ans et habite chez ses parents dans un village à six ou sept kilomètres des lieux du forfait.
Il aime aussi l’alcool, mais pas l’école qu’il a quittée prématurément pour devenir apprenti boulanger plutôt que de travailler chez son père qui fait commerce de motos.
Son employeur,boulanger chez qui il a été embauché en mai 2008,l’apprécie bien évidemment,car il est courageux,se lève tous les jours à 1 heure du matin,pour partir au travail à une vingtaine de kilomètres et en moto.
Il n’a pas le permis voiture.
Un avocat d'une des parties civiles demandera s’il est intelligent!

Le 31 décembre au soir il fête le Nouvel An avec des camarades ou amis du voisinage rassemblés chez un jeune garçon du village de Saône dont les parents sont absents. On y boit et on y fume aussi,comme de bien entendu. Peu après minuit il confie à un convive de la soirée une étrange et funeste envie d’aller « cramer » un véhicule. Son désir va devenir une réalité quelques instants plus tard. Il se retire avec un copain de soirée ,un mineur de 17 ans.
Tout proche,un magnifique bus,stationné devant le collège où il a fait des études qui ont été plus rapides que lui et l’ont distancé. Neuf ce bus ! 10.000 km au compteur. Acheté en août 2008, cinq mois plus tôt, au prix de Euros 154.197 (en gros cent briques, pour ceux qui évaluent encore en « anciens » Francs) .Avec un briquet en poche,il met le feu à un bout de joint en caoutchouc.
Cela ne lui suffira pas. Haie de thuyas endommagée ,et poubelles d’une copropriété,plus deux autres voitures appartenant à des particuliers qui avaient laissé des papiers traîner dans la boîte à gant. Il n’en restera rien.
Problèmes psychologiques? Difficile à faire admettre après qu’ un GPS volé dans l’une des voitures ,un vol avoué, ait été retrouvé caché dans un cimetière après le forfait.
Le garçon sera pris la nuit même par les gendarmes,au flair excellent, avec une rapidité exemplaire. Les pompiers seront très vite sur place également.
Le procureur confiera dans son réquisitoire bref -trois minutes- que cette nuit là ,étant de permanence et en constant suivi du déroulement des opérations de secours ,sur la base de ce que les responsables des secours lui communiquaient,qu’il a eu très peur pour le collège !

Réquisitions: Six mois ferme et douze avec sursis avec obligation de se soigner,selon la formule habituelle,et d’indemniser les victimes.

Condamnation conforme aux réquisitions,prononcée à 16 heures ,à l’issue d’un délibéré du tribunal d’une durée indéterminée puisqu’il y avait un autre procès à huit clos entre temps.
Le président du tribunal n’a cependant pas omis d’ annoncer au jeune condamné qu’il encourait 10 ans de prison.

Dans le hall,devant l’entrée de la salle d’audience, juste après le verdict , l’avocat marseillais devait déclarer face à un micro qui lui était présenté,et d’une voix bien audible « C’est la jurisprudence habituelle des faits de la Saint-Sylvestre ».

Petites questions que peuvent se poser les victimes et le public :
1°) Comment va faire ce jeune homme ,mitron de métier,pour rembourser ses victimes à hauteur de plus de 150.000 Euros?
2°) La Saint Sylvestre,dans ce village,ne se serait-elle pas mieux passée si le 2 octobre,90 jours avant le drame , il avait été condamné à de la prison ferme,ce qui lui aurait permis de « réfléchir » un peu plus tôt qu’entre le 1er janvier date de son incarcération et hier,puisque selon son avocat il ne recommencera pas ?
3°) L’automobile connaît une crise actuellement,de tels faits peuvent-ils être de nature à susciter l’envie d’acheter une voiture neuve quand une ancienne peut encore rouler?

Dans une rue jouxtant le Palais de Justice,un Monsieur d’un certain âge,qui avait assisté à l’audience,téléphonait même pas dix minutes après le verdict,depuis une cabine publique d’où il était possible de l’entendre dire depuis le trottoir « Il a dix jours pour faire appel »...


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