02 mars 2012
D’un François à un autre François ou la critique plus facile que l’action
Et encore, « Notre jeunesse est sacrifiée, abandonnée, reléguée. Chômage, précarité, dévalorisation des diplômes, désespérance, perte d’autonomie, accès au logement difficile. Sans compter ce que nous lui laissons, à cette jeunesse, un environnement dégradé, des retraites non financées, une dette considérable. » Ces paroles ont été prononcées par François Hollande devant un auditoire de supporters enthousiastes au Bourget le 22 janvier 2012. Un discours où l’on trouve quelques chiffres ,en fait des dates, se rapportant à un évènement historique ou marquant pour un Français de gauche - 4 août 1789, juin 1848, 1905,1936,9 juin 1944,1945, 1981,1988,1997, 21 avril 2002 - mais pas 1968 - et surtout très peu de données concernant la société ou l’économie et ses problèmes ,alors que l’attente était grande sur ce point. Jugeons-en : 30% pour la réduction des indemnités du président et des membres du gouvernement. En réalité cette mesure, toute symbolique, qui fera plaisir à plus d’un benêt lecteur assidu de la presse satirique,laissera quand même l'indemnité du président à un niveau supérieur de 90% ,par rapport à ce qu’il était quand Nicolas Sarkozy aura pris la place en mai 2007 avant que ce dernier s’octroie 172% .Cette hausse n'aura pas manquée d'être maintes fois rappelée lors des manifestations diverses pendant au moins trois années. Mais quel observateur sérieux ne pourrait garantir que la gauche n’en aurait pas fait tout un scandale s’il ne s’était augmenté que de la moitié de 172% ,c’est-à-dire de 86%,un pourcentage à peine inférieur de 4% à celui proposé par notre ami des pauvres ,grand favori des sondages ? Il est seulement à espérer que la baisse annoncée de 30% pour lui-même, François Hollande, n’ait pas valeur d’exemple à montrer à ses compatriotes s’il a l’intention secrète de leur demander un jour des sacrifices pour le cas où la France devait connaître une situation à la grecque. 50% : la part du nucléaire dans la production d’électricité en 2025,contre 75% aujourd’hui.2025,c'est dans treize ans,c'est bien de faire une promesse pour une date aussi précise que cela dans un secteur ,celui de l'énergie,connaissant soubresaut sur soubresaut notamment avec le prix fluctuant du pétrole que nous importons pratiquement en totalité ,mais qui donc se rappelle d'une seule promesse faite par Lionel Jospin en 1999 et voyant son aboutissement aujourd'hui en 2012 ? Du reste,il est fort probable qu'un tel sujet n'aurait jamais été abordé à l'occasion de cette campagne présidentielle s'il n'y avait pas eu Fukushima voici tout juste un an. 30 milliards de recettes supplémentaires : annulation des cadeaux fiscaux aux riches , mais qui peut croire que ceux-ci vont s'attarder longtemps dans notre pays ? 1% : Français privilégiés . Les gagnants du Loto ? Les fonctionnaires qui ont garantie de l'emploi ? Les syndicalistes délégués du personnel ? 8 millions : les « personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté ». 45% : tranche supérieure de l’impôt sur le revenu pour « ceux qui touchent plus de 150.000 euros » 10.000 euros :le maximum fixé des avantages fiscaux procurés par les « niches fiscales » Mais impossible de trouver 35 (comme les heures) . Tout cela balancé dans un discours tenant sur 12 pages au format PDF ,à comparer avec la reproduction (ci-dessous) du contenu écrit d’un tract distribué en avril 1981 par des supporters de François Mitterrand qui ,le 10 mai 1981, allait gagner contre Valéry Giscard d’Estaing, le président sortant qui l’avait battu en 1974.
Six mesures "concrètes" proposées pour atteindre le plein emploi,dans le cadre d'un élan pour "une autre politique" : - relance de la consommation, - relance de l’investissement, - réduction de la durée du travail, - création d’emplois de fonctionnaires 150.000 dans les hôpitaux, les écoles, les postes, les crèches, les services sociaux… - réduction des cotisations sociales , - formation professionnelle. Ne retrouve-t-on pas tout cela sous un emballage plus ou moins mis au goût du jour dans les « soixante engagements » de François Hollande ? François Mitterrand a été élu président le 10 mai 1981, après 23 ans de droite au pouvoir ,sans discontinuité , sans partage et sans cohabitation, d’une victoire qui tenait beaucoup plus de la tentation qui s’était emparée des Français d’essayer autre chose que la droite que de la croyance en l‘efficacité d‘un programme décliné en 110 propositions ,pas davantage qu’aux vertus d’une union avec les communistes qui représentaient 15% des suffrages exprimés et que Pierre Mauroy fraîchement nommé Premier ministre avait habilement évité d’intégrer dans son premier gouvernement précédant les législatives qui allaient suivre et conforter sa victoire. Ils devaient très vite déchanter devant une dure réalité qu’il ne serait pas possible d’expliquer , pour convaincre, mieux qu’avec des extraits de journaux de l’époque ,tels ceux-ci-dessous reproduits : 1°. Titre et introduction d’un article du Quotidien de Paris du 3 juin 1982,après un an d’exploits du gouvernement de Pierre Mauroy
2 millions de chômeurs soit 300.000 de plus qu’un an avant! « Le chômage s’accélère… Nous lisons bien dans cet article: « Le gouvernement n’aura donc pas réussi à tenir les engagements du président de la République, selon lesquels le chiffre des 2 millions ne devait pas être atteint. » A ceux qui ,catalogués réactionnaires ou « contre le changement » , parlaient d’échec de la politique de gauche ,il était objecté qu’il fallait un certain temps pour que les mesures portent effet… 2°. Titre et introduction d’un article du Quotidien de Paris du 2 janvier 1985 rapportant les conclusions des experts « à l’INSEE,au ministère des Finances ou à l’OCDE » ,mais ne précisant pas s’il s’agissait des mêmes que ceux à qui se référait quatre ans plus tôt François Mitterrand pour accabler le président sortant candidat ,Valéry Giscard d’Estaing.
« croissance de 2% inférieure à la moyenne prévue pour les pays industrialisés (3 à 3,25%) et laissant entrevoir le maintien d’un fort taux de chômage » ! « consommation des ménages, elle risque d’être largement découragée par la stagnation (sinon la baisse) probable du pouvoir d’achat. » ! « relance malheureuse de 1981 et 1982 » ! « endettement accumulé depuis » ! Enfin ce passage, extrait du même article qui tenait sur les quatre cinquièmes de la page , à propos du chômage :
Après quatre ans de gouvernements de gauche : 2.500.000 chômeurs auxquels viendraient s’ajouter 160.000 autres pour la fin de l’année, à trois mois du renouvellement de l’Assemblée Nationale. C’était avec François Mitterrand président ! Dans quel état d’esprit étaient les députés socialistes sortants et que proposaient-ils ,dans ce contexte ? Ci-dessous , ce que les candidats socialistes du département du Doubs écrivaient sur leur profession de foi pour les législatives du 16 mars 1986 (3 extraits ):
« Il faut faire mieux et davantage encore » . Admettons que la droite ait plongé l’économie française dans un état calamiteux avant 1981,la situation ,cinq ans après, permettait-elle d’affirmer et de prouver que la gauche avec à sa tête François Mitterrand et ses brillants conseillers avait été capable de la redresser ,comme celui-ci l'avait promis ? Qui peut nous prouver que c’eut été pire si Valéry Giscard d’Estaing avait été réélu ?
« Ensemble nous redresserons la France » ! François Hollande ne nous fredonne-t-il pas un air déjà entendu voici trente et un ans? |
09:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle 2012, sarkozy, hollande, mitterrand, ps, politique, économie









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