09 avril 2008

Mission Betancourt:l’échec prévisible

Comme il fallait s’y attendre, Ingrid Betancourt n’aura été libérée ni pour Noël 2007,ni pour Pâques 2008,et elle ne le sera vraisemblablement pas pour la Trinité prochaine. Désormais, la « mission » comme on l’a appelée, dernière en date du genre, pour récupérer Ingrid Betancourt sera à cataloguer dans des « économies » qui auraient été faciles à réaliser en ces temps de vaches maigres pour les Français.

Le 20 novembre 2007 ,Hugo Chavez,président du Venezuela été reçu à Paris,où son hôte ,Nicolas Sarkozy , aurait aimé le voir arriver sur le sol français avec du concret,plutôt finalement que se contenter de paroles vagues sur une incertaine libération d’un tout petit groupe d'otages sans avoir la confirmation qu‘Ingrid Betancourt en serait. Notoirement connu pour être le correspondant attitré des FARC,mais aussi précieuse aide logistique et financière qui permet aux dirigeants et guérilleros de cette rébellion marxiste,c'est à dire sans scrupules, de se déplacer librement,grâce à des frontières perméables entre leur zone d’implantation en Colombie et le Venezuela et,par la même, le reste du monde en toute impunité,Hugo Chavez,comédien hors pair, devait profiter de ce voyage à Paris pour se faire une bonne publicité à l’adresse de son peuple qui était appelé douze jours plus tard,le 2 décembre 2007, à se prononcer sur une réforme de la constitution de son pays devant lui permettre,rien que cela, d’être président à vie. Malheureusement cela n’aura pas été suffisant et il aura perdu son référendum .

Le 7 avril 2008,ce lundi,c’était au tour de la belle et élégante Cristina Kirchner,présidente d’Argentine ,plus par complaisance dans l’attente de relaisser sa place à son mari en 2011 et pour deux nouveaux mandats que par exigence démocratique, d’être reçue à l’Elysée par notre président. Péroniste de gauche pure et dure,qui ne traverse pas actuellement une période joyeuse dans son pays alors que s'y profile une nouvelle crise économique et sociale,même pas quatre mois après son intronisation pour laquelle notre Premier ministre François FILLON représentait la France,Madame Kirchner fait partie de tous ces chefs d’Etat sud-américains qui n’entretiennent pas des relations très chaleureuses avec le président Alvaro Uribe de Colombie,lui-même bien à droite,ce qui se comprend. Or qui est contre le président colombien ou seulement le critique dans son action alors qu’il a le soutien total de ses compatriotes est forcément pour les FARC. Cristina Kirchner l’a encore prouvé dimanche 6 avril lors de la « marche blanche » organisée à Paris pour la libération des otages des FARC et à laquelle,ce qui pourrait étonner plus d’un diplomate, elle participait , déclarant à cette occasion que ceux qui « doivent faire le plus grand effort sont ceux qui dirigent les autorités démocratiques ».Le « plus grand effort » c’est à dire des concessions sans fins et cela étant sans doute ,dans son esprit, valable aussi bien pour la France que pour la Colombie. Le comble aura été qu’elle soit « très chaleureusement remerciée » le lendemain ,lors d’un déjeuner à l’Elysée, par Nicolas Sarkozy pour sa « participation active » dans le dossier des otages!

Cela pourrait bien devenir une habitude pour tout chef d’État sud-américain en butte à des difficultés intérieures dans son propre pays et plus ou moins proche des FARC de venir redorer son blason à Paris. Aussi,il se pourrait bien que la captivité d’Ingrid Betancourt s’éternise. Il ne nous reste plus qu’à accueillir à bras ouverts Raul Castro,président de Cuba ,qui fait paraît-il de gros efforts pour l’amélioration des conditions d’existence de ses sujets depuis qu‘il a pris la place de son infatigable frère Fidel .Il ferait sans doute un très bon interlocuteur lui aussi auprès des FARC. Pour l’heure l’idée d’un tel voyage est peut-être impensable . Mais ne sait-on jamais?

N’aurait-il pas été possible de faire remettre à plus tard les deux visites évoquées plus haut,en laissant comprendre aux deux chefs d'Etat susceptibles d'obtenir quelque geste des dirigeants des FARC , que c’est toujours mieux vu par un hôte de voir arriver un invité qui a de quoi rendre sa visite hautement justifiée?

Maintenant , en posant le problème d’une autre manière,que se serait-il passé ,dimanche dans la rue et mardi à l’Assemblée Nationale,pour le cas où,au lieu d’envoyer sept à huit cents hommes supplémentaires en Afghanistan,la France avait proposé à la Colombie d’envoyer ces mêmes troupes en soutien logistique à l’armée colombienne,sans participation aux combats et au moins jusqu‘à la libération,saine et sauve, d'Ingrid Betancourt, otage des FARC depuis le 23 février 2002 ?
Les mêmes manifestants que ceux de dimanche auraient-ils manifesté contre une telle décision?
Les députés socialistes et les quelques autres égarés avec eux dans leur démarche auraient-ils voté une motion de censure contre?
Allons savoir!