19 mai 2008

Le service minimum d’accueil assuré par des fonctionnaires territoriaux n’est pas souhaitable

Vendredi dernier,16 mai 2008,sur France-Inter ,Jacques Pélissard,député-maire UMP de Lons-le-Saunier (Franche-Comté) et également président de l’Association des Maires de France a déclaré que l’organisation par les communes du service minimum d’accueil n’était pas « acceptable » ... Et que les maires ne joueraient pas « un jeu faussé » !
Pourquoi donc ?
Selon lui,parce que les petites « communes ne sont pas dotées des personnels qui permettraient l’accueil des enfants » et que « ce n’est pas avec un cantonnier ou un garde-champêtre qu’on va faire l’accueil des enfants ».
Nous ne pouvons qu’ être d’accord avec lui car ces deux arguments paraissent tout à fait fondés.Toutefois si le SMA est une bonne idée, son institution et les conditions de sa mise en oeuvre mériteraient d’être peaufinées et elles le pourraient certainement.
Parce qu’en l’état actuel du projet comme cela nous a été présenté ,c’est à dire un service qui serait organisé par les communes ayant sur leur territoire au moins une école primaire et qui, en plus, serait assuré par des agents municipaux,c'est à dire des fonctionnaires territoriaux,nous disposons d’ une piste qui n’est certainement pas la meilleure. Pour, au moins,les trois raisons suivantes:
Premièrement, il y a ce problème de compétence et de savoir faire des gens éventuellement « mobilisés » non embauchés initialement pour cela.
Deuxièmement, cela reviendra à déshabiller Pierre pour habiller Paul,comme on dit,s’agissant de la répartition et de l’exécution du travail à faire pour lequel ils auront été embauché et qui ,fatalement ,restera en plan,durant le temps de grève des enseignants.
Troisièmement, ces fonctionnaires territoriaux qui accepteront d’assurer le SMA seront accusés de briser les grèves ou pire de porter atteinte au droit de grève par leurs camarades syndiqués. Ils seront mal vus de leurs collègues qui les prendront en grippe. Sauf à risquer de se faire virer à la prochaine alternance municipale,ils ne le feront qu’une fois parce qu’ils auront subi toutes sortes de pressions ou de mesquineries et on ne pourra plus compter sur eux pour le SMA.
On se retrouvera alors au point de départ,et toute l'organisation du SMA devra être reconsidérée.

Il est probable que cette idée de mettre dans le coup des agents municipaux ait été lancée par des gens qui n’avaient pas l’expérience de l’encadrement de salariés pour ne pas avoir envisagé de telles éventualités.
S’agissant maintenant de savoir si ce serait vraiment le rôle des communes à s’occuper de jeunes enfants réduits à l’errance par suite de l’impossibilité matérielle ou financière de leurs parents à assurer leur garde,plutôt que celui de l’Éducation nationale ,est-ce vraiment là une question pertinente?
Comment cela se passe-t-il quand une catastrophe se produit dans une commune ou à un plus grand échelon dans une région?
Ne sont-ce pas les maires qui se chargent d’héberger dans des locaux communaux et de nourrir provisoirement les personnes incapables de se déplacer et dans l‘impossibilité de se ravitailler,par suite de fortes chutes de neige par exemple,ou de destructions de leurs habitations?

Alors pourquoi ne pourraient-ils pas accueillir les enfants des écoles en cas de grève des enseignants si possible en dehors même de ces écoles ? Y aurait-il problème de locaux pour la plupart des communes,sinon toutes, disposant de salles des fêtes ou de « convivialité » ,voire pour les mieux équipées,d’espaces jeunes?

Quant à trouver du personnel adéquat ,les maires ne pourraient-ils pas « mobiliser » ponctuellement des chômeurs , des jeunes retraités affranchis de toutes pressions syndicales ou autres, des diplômés à la recherche d’un emploi ,volontaires ,surtout disponibles pour assurer de telles vacations, après avoir suivi une rapide formation, et habitant sur place ? Et qui seraient payés au tarif des heures supplémentaires ? Par exemple.
De telles personnes ne devraient pas manquer dans les communes suffisamment importantes pour avoir leur école.

Qui ne se souvient pas de ces emplois jeunes offerts par des municipalités à des « bac+5 » qui consistaient par exemple à « accompagner » et « divertir » les écoliers pendant qu’ils déjeunaient?

16 mai 2008

Pourquoi pas un référendum plutôt qu’une loi pour le service minimum d’accueil?

« J’ai demandé au gouvernement de déposer avant l’été un projet de loi qui instituera un droit à l’accueil des enfants qui sont inscrits dans nos écoles ».
C’est Nicolas Sarkozy qui a déclaré cela hier soir en précisant très clairement : « C’est l’État,en charge du service public de l’Éducation nationale ,qui assurera le remboursement des frais engagés par les communes,qui devront organiser un service d’accueil les jours de grève ».

Mais pourquoi donc une loi?

Pour donner aux socialo-communistes l’occasion de déposer plus de 137.000 amendements comme ce fut le cas lors du projet de loi GDF-Suez en septembre 2006?
Pour leur permettre de s'amuser à déposer une motion de censure dilatoire puisque vouée à l’échec.
Pour leur procurer le plaisir de saisir le Conseil Constitutionnel qui leur donnera raison sur un point de détail de la loi,tout en reconnaissant le bien-fondé de l’esprit de la même loi?
Pour laisser s’éterniser ce problème jusqu’à la rentrée de septembre,les enseignants ne pouvant faire grève et manifester pendant les vacances d’été qui,si bizarre que cela puisse paraître vu leur manière quelquefois ridicule de raisonner, n’ont pas encore été par eux considérées comme une atteinte au droit de grève ?

Une loi SMA sera-t-elle suffisante pour astreindre les maires récalcitrants à s’exécuter?

De quels moyens efficaces disposeront les parents victimes de leur rétivité pour obtenir gain de cause et indemnisation pour les frais occasionnés et absences au travail ?
Si c’est des Tribunaux administratifs,des Cours Administratives d’Appel, du Conseil d’Etat ,dix ans ne suffiront jamais pour résoudre un tel problème.

Pourquoi alors ne pas organiser un référendum qui trancherait sans appel une fois pour toutes ,mettant un terme à un débat qui s'annonce interminable et qui permettrait accessoirement de vérifier,au niveau national, la justesse d’un sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd’hui en France  qui vient de nous apprendre que 60% des Français voyaient dans le SMA « une bonne chose car cela permet de ne pas pénaliser les parents qui travaillent » contre 35% y voyant « une mauvaise chose car cela constitue une tentative de remise en cause de l’exercice du droit de grève »?

Un tel référendum ne serait-il pas également un excellent éclairage ,au niveau de chaque commune, pour les maires , sur l’état d’esprit de leurs électeurs vis à vis du SMA,ce service minimum d’accueil préconisé par Xavier Darcos et qui a fonctionné hier dans 2.837 communes sur 22.500 concernées?

15 mai 2008

Les « casseurs » du droit de grève et du syndicalisme à l’oeuvre

Quand un patron s’organise avec ceux de ses salariés non grévistes pour continuer et maintenir l’activité de son entreprise au mieux pour satisfaire ses clients,malgré une grève déclenchée par certains autres de ses salariés,il est accusé bien évidemment de vouloir porter atteinte au droit de grève.
Quand un ministre cherche à instaurer un palliatif,comme le SMA ,« service minimum d’accueil » actuellement à l’essai dans les écoles primaires , pour que des parents ne soient pas pénalisés lors d‘une grève des cours,il est aussi soupçonné de faire la même chose.

Le droit de grève ,plus personne ne peut l‘ignorer,reste un droit sacré sur lequel il n’est ni moral ni tolérable de revenir,mais est-il interdit de l’encadrer dans certaines situations ,afin que les effets secondaires d’une grève ne soient pas supportés par une catégorie de gens qui n’ont rien à voir avec les litiges à l’origine du mouvement de grève en question?

En quoi le fait d’organiser la garde d’enfants les jours de grèves dans le primaire serait-il davantage une « tentative de remise en cause de l’exercice du droit de grève » que celui d’accorder des conditions fort avantageuses pour la fourniture d’électricité aux agents d’EDF qui posséderaient une installation de chauffage à l’électricité? A-t-on jamais dit que cette faveur constituait une atteinte au droit de grève à EDF?
Et pourquoi ,pendant qu’il y sont,ces bien pensants n ’iraient-ils pas jusqu’à accuser les salariés non impliqués dans un conflit social dans les transports publics de vouloir s’attaquer au droit de grève en utilisant leur propre voiture pour se rendre à leur travail?

Par contre, quand le secrétaire général d’un syndicat comme la CGT ,Bernard Thibault, en vient,comme il l’a fait lors du « Grand Rendez-vous » l’émission d’Europe1 dimanche dernier, à regretter « qu’il y a trop d’organisations syndicales  et pas assez de syndiqués » ,sans préciser celles de ces organisations qui lui semblent être de trop, en France,parle-t-on d’une atteinte à la liberté syndicale?
Ce brave camarade ne ferait-il pas mieux de se poser très sérieusement la question de savoir pourquoi,alors que les cotisations sont fiscalement déductibles ,une très,très large majorité de salariés (90%) ne veulent pas franchir le pas de l‘adhésion et en accepter les conséquences ,c‘est à dire faire inutilement grève ou faire grève pour des raisons politiques quand la voie des urnes s‘est avérée vaine ?

Bien sûr qu’il faut des syndicats ,c’est une des conditions du progrès.
Mais des syndicats qui soient intelligents et qui agissent utilement.
C’est loin d’être le cas aujourd’hui en France.